Jeudi 11 février 2010
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Encore le bruit de ses pas qui approche, une bourrasque de vent. Il hume l’air, c’est elle. Il hésite, sa grotte est juste derrière lui, devant; la forêt, et quelque part, très proche elle
arrive.
Il ne comprend toujours pas pourquoi elle vient, cela fait quelques temps déjà. Elle reste à la lisière, à l’observer et l’appeler.
Lui avait pris l’habitude d’être seul dans cette portion de forêt, tous les autres ne l’approchaient plus. Il avait quitté la meute quelques années avant, et les derniers qui continuaient à le
suivre l’avaient finalement abandonné pour rejoindre une autre meute. Il avait longtemps erré, à la recherche de quelque chose, mais il ne savait pas quoi. Trop accablé par cette solitude
nouvelle, par cet abandon, par ce dégoût des autres, cette lâcheté sans bornes qui les rend tels qu’ils sont, incapables de faire face à eux-même, de faire front à leurs pulsions. Il préférait
rester seul que d’avoir à les supporter, il avait peur d’eux. Il n’avait jamais participé aux combats, il n’avait jamais grogné contre l’un de ses frères. Mais eux lui montraient toujours leurs
crocs. A quoi bon.
Il vient de l’apercevoir, elle s’est assise sur son train arrière, juste devant un chêne des plus majestueux. Elle, si petite à côté, mais pourtant… Il la sent l’observer. Il ne comprends pas ce
qu’elle veut, pourquoi reste-elle là à le regarder ? Pourquoi ne lui montre-t-elle pas les crocs ? Pourquoi ne fuit-elle pas ?
Il en avait déjà vu des femelles s’approcher de son territoire, s’approcher de lui. Pendant les chaleurs principalement, lorsqu’elles sentaient l’odeur d’un mâle. La plupart du temps il restait
tapis au fond de sa grotte, trop craintif. Mais chaque fois qu’il se montrait et les approchait, soit elles fuyaient soit lui montraient leurs crocs. Depuis il avait pris l’habitude de toutes les
éviter, ne se faisant plus aucune illusion, prêt à abandonner le contacts avec ceux de son espèce.
Il hésitait de plus en plus. Elle s’approchait de lui maintenant, doucement et naturellement. Il voulait montrer ses
babines mais n’osait pas. Elle le fascinait tellement. Il s’assit sur ses pattes arrière et la regarda venir, elle avançait tranquillement, elle hésitait elle aussi, mais semblait prête à passer
ses peurs. Elle s’étais assise juste devant lui, leurs museaux se touchaient presque. Il sentait son cœur battre la chamade, il voulait fuir, il avait peur, terriblement peur, il ne comprenait
pas ce qui se passait.
Puis il se surprit à se lever pour lui tourner autour, la renifler. Elle sentait terriblement bon. Une senteur exquise.
Son odorat en était imprégné. Il ne sentait plus que ça. La louve se leva et fit mine de partir. Il se surprit à commencer à la suivre. Il ne voulait plus qu’elle parte. Cette fois, il voulait
qu’elle reste. Mais elle faisait partie de la meute, elle avait besoin de la meute. Elle voulait l’emmener avec lui. Mais lui voulait qu’elle reste. Ils se tournaient encore tous les deux autour
à la lisière, entre la forêt et la grotte. Il voulait continuer à sentir son parfum, il ne voulait pas la laisser partir, mais il avait terriblement peur de quitter sa tranquillité, d’être de
nouveau confronté aux autres, au monde, à l’âpreté du monde. Mais elle le fascinait tellement, elle embaumait tellement qu’il ne voulait pour rien au monde la laisser s’échapper. Elle qui était
venu vers lui, tant de fois. Qui ne lui avais jamais montré un croc, ni fait mine de le fuir. Elle était celle qui l’avait accepté, elle était celle qui lui offrait tellement, et était prête à
encore lui offrir plus. Mais lui se laissait encore ronger par ses peurs, il avait pourtant besoin et envie de la suivre, mais son pelage était encore marqué de morsures et de coups de crocs. Il
se sentait faible et égoïste. Parce qu’elle aussi en avait des morsures. Et bien plus méchantes et profondes que les siennes, elle avait subis des coups de griffes qui ne cicatriseront
probablement jamais. Mais elle restait dans la meute. Son odeur est tellement sublime. Il devait la protéger et l’aider. Il fallait qu’il surmonte ses propres peurs pour elle,
son pelage méritait tellement mieux que les marques qu’elle avait à ce jour. Et lui qui continue de paniquer. Il était envoûté par elle. Parce que malgré ses blessures elle voulait de lui, parce
que malgré ses blessures elle se montrait plus forte que lui, plus généreuse. Il se sentait coupable maintenant, mais il devait retrousser ses babines, car l’envoûtement était plus fort que tout.
Elle méritait le bien, elle méritait qu’il soit fort pour elle, elle qui était assez forte pour l’accompagner dans la forêt. Ils devaient quitter la forêt, ensemble.
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